Brazzaville, République du Congo – Le président Denis Sassou-Nguesso s’est insurgé contre la justice française après que le juge parisien Serge Tournaire a délivré un mandat d’amener contre son épouse, Antoinette Sassou-Nguesso, dans le cadre d’une enquête sur des « biens mal acquis ». Dans une lettre empreinte de défiance et de menaces à peine voilées, le dirigeant congolais a dénoncé cette décision comme une « agression morale » et un acte d’« arrogance néo-coloniale », allant jusqu’à suggérer que les citoyens français résidant au Congo pourraient en subir les conséquences.


Les enquêteurs français s’attaquent à une dynastie fortunée
L’enquête, ouverte en 2015, porte sur le détournement présumé de fonds publics par la famille Sassou-Nguesso pour acquérir des propriétés luxueuses en France, notamment des hôtels particuliers, des villas et des voitures de luxe. Les autorités françaises ont déjà saisi plusieurs de ces biens.
La décision du juge Tournaire de convoquer Antoinette Sassou-Nguesso pour un interrogatoire – quelques semaines après son départ de France – a suscité la fureur à Brazzaville. Dans sa lettre adressée au magistrat français, Sassou-Nguesso a accusé la France de le traiter avec mépris colonial :
« L’ambition de la justice française de statuer sur des actes qui me sont attribués est indéniablement néo-colonialiste. »
Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une injustice flagrante :
« Peut-on imaginer la justice d’un pays africain enquêter sur des actes attribués au président de la République française sans provoquer de vives protestations ? »
Crise diplomatique et menaces voilées
Cette affaire intervient à un moment délicat, alors que le président Emmanuel Macron devait prochainement recevoir Denis Sassou-Nguesso en France. Face à la montée des tensions diplomatiques, il reste incertain si le dirigeant congolais maintiendra sa visite
Dans sa lettre, Sassou-Nguesso a également laissé planer une menace implicite sur la communauté française au Congo :
« De nombreux citoyens français travaillent au Congo et contribuent à l’économie de notre pays. J’espère sincèrement qu’ils ne seront jamais traités aussi mal que nous le sommes sous le coup de votre enquête. »
Cette déclaration a été largement interprétée comme une menace voilée, accentuant encore davantage les tensions entre Paris et Brazzaville.
Une rhétorique familière : accuser le colonialisme, ignorer la corruption
Comme c’est souvent le cas lorsque des dirigeants africains sont visés par des enquêtes pour corruption à l’étranger, Sassou-Nguesso a présenté cette affaire comme une attaque raciste plutôt qu’une tentative de restitution de fonds publics détournés.
« Rien d’autre qu’un sentiment déplacé de supériorité ne peut expliquer cette arrogance typique. Je suis contraint de considérer ces initiatives judiciaires comme une agression morale, qui, venant d’un pays ami, me paraît incompréhensible. »
Pourtant, alors que Sassou-Nguesso s’indigne de voir la justice française s’intéresser à sa fortune, les faits sont clairs : sa famille a accumulé des richesses colossales à l’étranger tandis que le Congo souffre de pauvreté, de stagnation économique et d’un sous-développement infrastructurel criant.
Avec les enquêteurs français poursuivant leurs investigations et le président congolais durcissant son discours, cette affaire risque de compliquer davantage les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Mais elle soulève aussi une question essentielle : pourquoi des dirigeants comme Sassou-Nguesso pillent-ils leurs propres pays, dépensent-ils ces milliards à l’étranger, et crient-ils au colonialisme lorsqu’on leur demande des comptes ?
Quelles perspectives ?
Reste à voir si Sassou-Nguesso boycottera réellement son déplacement diplomatique ou s’il exercera des représailles contre les intérêts français au Congo. Une chose est certaine : cette affaire illustre une fois de plus le bras de fer entre la lutte contre la corruption et le poids de l’influence politique dans les relations franco-africaines.
Alors que la France est de plus en plus accusée d’ingérence en Afrique, une réalité demeure inchangée – la famille Sassou-Nguesso continue de mener une vie luxueuse à l’étranger pendant que les citoyens congolais subissent de plein fouet les difficultés économiques du pays.